La Châsse de Sainte-Ode

    La Châsse de Sainte-Ode abrite les reliques de Sainte-Ode. Ses pignons sont occupés par des représentations de Saint-Georges et de Sainte-Ode, tandis que les apôtres figurent sur les côtés. Les batières sont ornées de six bas-reliefs qui évoquent la vie des deux saints. Sur l'un de ces bas-reliefs, on observe, sur la panetière d'un pèlerin, trois coquilles : cette scène serait la toute première représentation dans nos régions d'un pèlerin de Saint-Jacques de Compostelle.


Analyse de la Châsse par Albert Lemeunier et Claire Moreau

    description

    La Châsse de Sainte Ode, conservée à la Collégiale d'Amay, est de dimensions relativement modestes (L. 104 x 144 x 59 centimètres) et est constituée d'un coffre métallique dont l'âme est en chêne. Elle date des années 1240-1250, époque à laquelle fut rédigée la Vita beatissimae Odae viduae : Le culte de Sainte Ode fut probablement intensifié à cette période, ce qui expliquerait l'attention particulière accordée à la sainte.

    La châsse succéda probablement à une châsse plus ancienne (1165-1170), dont il a été question à propos du sarcophage de Sancta Chrodoara (voir ***).

    Les deux pignons de la châsse représentent Sainte Ode d'un côté et Saint Georges de l'autre (Ode ayant dédié l'église d'Amay qu'elle avait fondée à Saint Georges).

    Sainte Ode porte une cotte aux manches serrées et un large manteau; Sa tête est couverte d'un touret et d'une guimpe mentionnière, vêtement de femme mariée qu'on rencontre au 13e siècle. La comparaison de l'attitude, du geste et du drapé du vêtement avec les apôtres des flancs de la châsse semble autoriser leur attribution au même orfèvre.

    Si la silhouette de Sainte Ode apparaît quelque peu massive sous son abondant drapé, celle de Saint Georges, vêtu en chevalier, est par contre animée d'un élégant mouvement, apparanté au déhanchement caractéristique de la sculpture gothique. La représentation du grand haubert dont il est revêtu est remarquable de finesse : Chaque maille est tracée avec minutie et leur sens est alterné d'une rangée à l'autre.

    Les douze apôtres sont présents sur les flancs du reliquaire; Sous les traits de vieillards, ils sont assis sur des banquettes (seul Saint Pierre (?) a droit à un coussin) et tiennent un livre dans les mains. Il est difficile de les identifier mais on peut néanmoins reconnaître Saint Paul à sa calvitie, Saint Jean à ses traits plus jeunes et, peut-être, Saint Pierre âgé et bouclé.

    Si bas-reliefs en argent repoussé ornent la toiture; Trois sont consacrés à Sainte Ode et trois à Saint Georges.

    Dans La charité de Sainte Ode, la sainte lave les pieds d'un pèlerin. Sur la panetière de celui-ci, on peut voir trois coquilles : Cette scène serait la toute première représentation dans nos régions d'un pèlerin de Saint-Jacques de Compostelle.

    La Piété de Sainte Ode la montre agenouillée dans une église, les mains jointes en présence de l'hostie qu'un prêtre élève devant l'autel. L'extrémité gauche de l'église, l'avant corps, rappelle peut-être la disposition originale du massif occidental de la Collégiale d'Amay (style roman) avant le réhaussement de la tour médiane en 1525.

    Dans le Trépas de Sainte Ode, la sainte allongée, les bras croisés sur le corps, voit son âme emportée sous la forme d'un enfant par un ange; Elle est entourée d'un évêque brandissant un livre et de deux acolytes. Cette scène regroupe en réalité deux éléments successifs : Son trépas et ses funérailles.

    Saint Georges chargeant le dragon illustre l'épisode le plus célèbre de sa légende : Officier de la légion romaine martyrisé pour sa foi, il combattit un dragon qui semait la désolation dans la cité de Sylène en Libye. La fille du roi allait s'immoler pour être mise en pâture au monstre, mais le Saint chargea l'animal maléfique et le soumit à la princesse. Son martyr de chrétien dura sept ans ! La scène du dragon, symbole du mal, évoque les tournis et les romans de chevalerie par son caractère épique, et se relie aux images des Croisés dont on reconnaît la croix sur le bouclier.

    Le Martyre de Saint Georges, plus banal dans sa composition, s'inspire des scènes du Calvaire et du Christ en croix. Deux bourreaux lui brûlent les aisselles à l'aide de charbons ardents maintenus par des tenailles, sous les regards sarcastiques et grimaçants de deux comparses.

    Dans la Décollation de Saint Georges, deux soldats vêtus comme des chevaliers l'assaillent : L'un, brandissant un étendard et armé d'un glaive, le maintient par la chevelure, agenouillé sur un rocher, tandis que l'autre, le saisissant par l'épaule, s'apprête à lui asséner le coup fatal. En martyr pieux et résigné, le saint tend les mains jointes vers le ciel, d'où émerge la main du Père, la dextera dei bénissant la scène.

    De nombreux éléments de décoration enrichissent la Châsse : Motifs estampés, cabochons, filigranes, éléments architectoniques, émaux, vernis bruns,...

    Des soieries espagnoles du 13e siècle, de grande qualité artistique, enveloppaient jadis les ossements conservés dans la châsse(1) : L'un, rouge et jaune, rassemble les blasons de Louis VIII et Blanche de Castille, parents de Saint Louis; L'autre, ivoire et brun broché de filé d'or, est animé d'oiseaux, de quadrupèdes et d'éléments végétaux.

    Si des similitudes peuvent être établies avec d'autres châsses (notamment celle de Sainte Ermelinde de Meldert, aujourd'hui conservée à Amiens), l'orfèvre qui a réalisé la châsse d'Amay reste inconnu. Bien qu'il reprenne divers thèmes conventionnels du 12e siècle (lavement des pieds, trépas de Sainte Ode, charge du dragon, martyre de Saint Georges), il est néanmoins capable d'innovations, notamment dans le style de ses personnages.

    Quoique la châsse date des environs de 1240-1250, il faut néanmoins attendre les années 1438 et 1446 pour en trouver les premières mentions écrites, où il est question de la confection d'une "civière" pour la porter en procession. En 1634 fut mentionnée l'ouverture de la châsse lors de la visite du nonce Caraffa; Deux ans plus tard, elle fut envoyée à Huy pour la protéger des troupes en campagne. En 1713, on la montra à l'occasion du millénaire de la mort de Sainte Ode.

    En 1794, la châsse de ne suivit pas les chanoines dans leur exil consécutif à la suppression du chapitre : Elle resta à Amay où elle fut reprise dans des inventaires de 1796 et 1797.

    En 1849, la fabrique d'église d'Amay envisagea de s'en séparer : Les réparations à y apporter étaient importantes et le budget insuffisant. De plus, ajoutait-on, en "vendant la châsse au prix (...) offert, on emploierait une partie de la somme à l'achat d'une châsse élégante et dans le style de l'église (...)". Le bourgmestre Ramoux, pourtant franc-maçon convaincu, s'opposa à la vente et réussit, avec l'aide de Charles Rogier, à la faire restaurer aux Musée Royaux à Bruxelles; On ignore cependant en quoi consistèrent les réparations apportées.

    Depuis lors, la châsse, qui continua longtemps à participer à des processions, fut exposée lors d'expositions importantes, notamment à Liège (1896, 1905, 1930, 1951), Paris (1924, 1951-52), Rotterdam (1952), Rome et Milan (1973-1974, Gand (1958).

    Adresse de contact : Tourism'Info Amay, rue G. Grégoire, n°6 à 4540 Amay.
    Chausée Roosevelt, n°10, à 4540 Amay.

    La châsse d'Amay est conservée dans la Collégiale d'Amay, elle est visible à certaines périodes de l'année.
    La châsse est actuellement conservée dans la sacristie de la Collégiale, et visible tout au long de l'année.

    Cet article est tiré principalement de l'article de Albert LEMEUNIER, La châsse de Sainte Ode d'Amay, dans Trésors de la Collégiale d'Amay, Amay, 1989.

    (1) Tissus conservés actuellement aux Trésors de la Cathédrale Saint-Paul à Liège.